Alcool : stop ou encore ?

Marie Jasserand est médecin addictologue coordinateur de service à la Clinique de la Mitterie dans le Nord.

 

Les nouvelles recommandations de Santé Publique France sont plus strictes qu'auparavant. Est-ce une bonne chose ?

Ces nouvelles recommandations répondent beaucoup mieux aux problématiques que nous rencontrons chez nos patients. Les anciens messages relayaient une limite de 21 verres par semaine pour les hommes et 14 pour les femmes. Elles étaient, à mon sens, beaucoup trop élevées et pouvaient poser des problèmes de santé importants chez certaines personnes. Pour éviter les problèmes d'addiction et de santé, il fallait réduire cette limite. Ce qui est aussi intéressant, c'est de mettre les hommes et les femmes sur un pied d'égalité. Le problème aujourd'hui, est de promouvoir massivement ces messages : trop peu de personnes connaissent ces limites !

La consommation de vin rouge peut-elle être recommandée selon vous ?

Le vin rouge reste un alcool ... En tant qu'addictologue, je ne peux pas recommander la consommation de vin rouge, même modérée ... Les messages autour du vin et de la santé cardiovasculaire incitent les personnes à consommer de l'alcool en plus grande quantité et de le légitimer, et parfois induire un problème d'addiction chez certaines personnes. Les effets néfastes et addictogènes de l'alcool se manifestent très progressivement, parfois au terme de plusieurs années, et varient d'un individu à l'autre.

Quels sont les dangers d'une consommation régulière d'alcool ?

La consommation régulière d'alcool, même modérée, peut induire un phénomène de tolérance (augmentation des quantités pour avoir le même effet) puis de dépendance, l’alcool étant un produit « addictogène ». Consommer chaque soir deux verres de vin, pour décompresser après une journée difficile et diminuer son stress, peut conduire à une augmentation mécanique du besoin d'alcool.

Quand on consomme de l'alcool, il faut toujours se poser la question du pourquoi ... Diminuer son stress ? Se désinhiber avant une épreuve ? Ce questionnement est très bénéfique : il permet de prendre conscience de sa consommation et de mieux la maîtriser.

A quel moment devient-on dépendant ?

Il n'y a pas de seuil ... On considère qu'une personne est dépendante lorsque sa consommation pose des problèmes familiaux, professionnels, de santé ou autres, qu’elle en a conscience et qu'elle n'arrive pas à l’arrêter. Il ne faut pas hésiter à consulter son médecin, dès qu'on commence à se poser des questions sur sa consommation !